Trouver la tonalité d'un morceau ou d'un sample
Après cette leçon, vous saurez trouver la tonalité d'une boucle, d'un morceau ou d'un sample, d'abord à l'oreille puis en vérifiant les notes, et vous saurez quoi penser quand un détecteur automatique vous donne une réponse étrange.
Vous savez maintenant ce qu'est une tonalité. Reste la question que tout producteur se pose plusieurs fois par semaine : dans quelle tonalité est ce sample, cette boucle, ce morceau que je veux remixer ? Les outils automatiques répondent en une seconde, mais ils se trompent assez souvent pour qu'il vaille la peine de savoir vérifier. Nous allons suivre une méthode en trois temps : l'oreille, puis les notes, puis le choix entre deux réponses possibles.
D'abord l'oreille : la note qui conclut
Commencez toujours par écouter, sans regarder le moindre écran. Laissez tourner la boucle plusieurs fois et cherchez la note qui donne l'impression d'arriver, celle sur laquelle vous pourriez vous arrêter. Fredonnez-la. Si rien ne se dégage de la mélodie, écoutez la basse : dans la plupart des boucles, la basse ou la 808 revient sur la tonique au début du cycle ou au moment de conclure. Essayez avec la boucle suivante.
Vous l'avez sans doute senti : chaque fois que la boucle repart, le premier accord sonne comme un retour. Sa note la plus grave, jouée par la basse, est ré (D). C'est notre candidate pour la tonique. Et comme ce premier accord sonne sombre, on peut déjà parier sur ré mineur. Ce n'est encore qu'une hypothèse, mais une hypothèse d'oreille, et c'est souvent la bonne.
Ensuite les notes : faire l'inventaire
Deuxième temps : relevez les notes que vous entendez, ou que vous voyez dans le piano roll si vous avez le fichier MIDI. Dans notre boucle, le premier accord contient ré, fa et la (D, F, A) ; le deuxième si bémol, ré et fa (B♭, D, F) ; le troisième fa, la et do (F, A, C) ; le dernier do, mi et sol (C, E, G). Rangez-les sans doublons et vous obtenez do, ré, mi, fa, sol, la et si bémol (C, D, E, F, G, A, B♭) : sept notes, avec un seul bémol.
Il reste à trouver quelle gamme contient exactement ces sept notes. Avec un bémol sur si (B), ce sont les notes de fa majeur, et donc aussi celles de sa relative, ré mineur. Les notes nous donnent deux candidates. L'oreille nous avait déjà indiqué laquelle choisir. L'atelier suivant fait ce travail d'inventaire avec vous.
Cliquez les notes que vous entendez dans la boucle ou le sample, sans vous soucier de l'octave. Le site cherche les gammes majeures et mineures qui contiennent toutes ces notes.
Tonalités possibles
Toutes vos notes sont dans cette gamme. La mineur semble plus probable, car son accord de tonique est plus complet dans vos notes.
Une note ne colle pas : si.
Une note ne colle pas : fa.
Pourquoi deux réponses à chaque fois ?
Une gamme majeure et sa relative mineure utilisent exactement les mêmes sept notes. La gamme de la mineur, c'est la gamme de do majeur jouée à partir de sa sixième note, la : les notes ne changent pas, seule change la note qui sonne comme la maison.
Pour trancher à l'oreille, écoutez sur quelle note la mélodie se pose à la fin d'une phrase, et quelle note joue la basse au premier temps de la boucle. Si c'est la, vous êtes en la mineur ; si c'est do, en do majeur. Vous pouvez aussi comparer les deux boutons « Essayer » : celui qui sonne comme une arrivée est le bon.
Si vous entrez les sept notes de notre boucle, l'outil vous proposera fa majeur et ré mineur côte à côte. Ce n'est pas une hésitation de sa part : c'est la réalité musicale, et c'est à vous de trancher.
Pourquoi il y a souvent deux réponses
C'est le point qui trouble le plus de producteurs, alors prenons notre temps. Les sept notes d'une gamme majeure correspondent toujours à deux tonalités relatives, une majeure et une mineure. Les notes seules ne peuvent donc pas décider. Ce qui décide, c'est l'endroit où la musique se pose : la note que la basse martèle, l'accord par lequel la boucle commence ou finit, la note qui conclut la mélodie. Écoutez une deuxième boucle, faite exactement des mêmes notes.
Cette fois, la boucle repart toujours sur un accord lumineux bâti sur fa (F), et la basse se repose sur fa (F). Mêmes notes, autre maison : nous sommes en fa majeur. Un détecteur qui ne regarde que les notes donnera la même réponse pour les deux boucles. Votre oreille, elle, fait la différence, parce qu'elle entend où la musique se repose.
Les détecteurs automatiques et leurs erreurs
Beaucoup de sites de samples, de plugins et certains logiciels analysent un fichier audio et affichent une tonalité. Ces outils sont précieux pour trier une bibliothèque de sons, mais il faut savoir comment ils se trompent. Voici les erreurs les plus fréquentes.
- Ils confondent les relatives : ils annoncent fa majeur pour une boucle en ré mineur, ou l'inverse, parce que les notes sont les mêmes.
- Ils hésitent quand un sample contient peu de notes, par exemple une boucle de deux accords qui laisse de côté justement la note qui ferait la différence entre deux tonalités voisines.
- Ils se laissent tromper par une note étrangère à la gamme, comme la septième note relevée de la mineure harmonique, que nous verrons dans la leçon suivante.
- Ils se trompent quand un sample n'est pas accordé sur le la à 440 hertz : la réponse peut alors tomber à un demi-ton de la vraie tonalité.
- Ils affichent une réponse même pour une boucle de batterie ou un bruit, qui n'a pas vraiment de tonalité.
Prenez donc la réponse d'un détecteur comme une première piste. Vérifiez-la à l'oreille, avec la note qui conclut et la note de la basse, et pensez toujours à la relative avant de décider qu'il s'est trompé.
La tonalité d'un sample bouge quand vous le pitchez
Dernier point, très pratique : quand vous transposez un sample, sa tonalité se déplace avec lui. Chaque demi-ton de transposition décale la tonique d'une rangée. Un sample en la mineur monté de trois demi-tons passe en do mineur ; descendu de deux demi-tons, il passe en sol mineur. Le mode, lui, ne change pas : un sample mineur reste mineur.
| Transposition | Tonalité d'origine | Nouvelle tonalité |
|---|---|---|
| +1 demi-ton | la mineur (Am) | si bémol mineur (Bbm) |
| +3 demi-tons | la mineur (Am) | do mineur (Cm) |
| -2 demi-tons | la mineur (Am) | sol mineur (Gm) |
| +5 demi-tons | mi mineur (Em) | la mineur (Am) |
| +12 demi-tons | ré mineur (Dm) | ré mineur, une octave plus haut |
La méthode qui en découle est simple. Trouvez la tonalité du sample, comparez-la à celle de votre morceau, comptez les demi-tons qui séparent les deux toniques, et transposez d'autant. Choisissez de préférence le plus petit écart, vers le haut ou vers le bas : au-delà de quelques demi-tons, une voix ou un instrument acoustique commence souvent à sonner artificiel. Et si le sample est dans la relative de votre tonalité, inutile de le transposer : ses notes sont déjà les bonnes.
Votre morceau est en sol mineur. Vous trouvez une boucle de piano qu'un site annonce en « Em ». En l'écoutant, vous confirmez que sa basse revient sur mi (E) et qu'elle sonne bien mineure. De combien de demi-tons devez-vous la transposer, et dans quel sens, pour la mettre dans votre tonalité ?
Jusqu'ici, nos gammes mineures n'avaient que des notes naturelles. Dans la prochaine leçon, nous allons modifier une ou deux notes de la mineure pour obtenir deux couleurs très utilisées en production : la mineure harmonique et la mineure mélodique.