La gamme mineure
Après cette leçon, vous saurez construire une gamme mineure sur n'importe quelle note, vous saurez pourquoi elle sonne plus sombre que la majeure, et vous pourrez vous en servir pour écrire une mélodie qui tient debout.
Dans la leçon précédente, vous avez construit la gamme majeure, celle qui sonne lumineuse. Ici, nous passons à sa grande sœur sombre. C'est la gamme qui sert le plus souvent dans la musique que vous produisez : une grande partie de la trap, de la drill, de la techno mélodique et du lo-fi tourne autour d'elle. Si vous ne deviez maîtriser qu'une seule gamme pour commencer, ce serait sans doute celle-là.
Huit notes au hasard, deux résultats
Commençons par une expérience, parce que vous allez entendre l'idée avant qu'on lui donne un nom. Dans la première figure, nous avons placé huit notes un peu au hasard, en piochant dans les douze rangées du piano roll. Une basse tient la note A2 en dessous, comme une 808 qui tiendrait la fondamentale d'un beat. Écoutez.
Maintenant, gardons exactement le même rythme, mais n'autorisons que sept rangées sur douze, celles qui appartiennent à la gamme de la mineur. Personne n'a mieux composé la deuxième version : on a seulement retiré des notes.
Vous l'avez entendu : la deuxième version sonne comme un bout de morceau, la première comme une erreur. La raison est simple. Quand deux notes sont voisines, à un demi-ton l'une de l'autre, elles frottent. Un peu de frottement donne du piquant, mais quand on pioche au hasard dans les douze notes, ces frottements arrivent sans arrêt. Une gamme fait un tri : elle garde des notes qui s'entendent bien entre elles et avec la basse. Elle ne compose pas à votre place, elle vous évite simplement de tomber à côté.
Le motif de la gamme mineure
Une gamme, vous le savez maintenant, est un motif de distances. Pour la gamme mineure, le motif est le suivant : un ton, un demi-ton, un ton, un ton, un demi-ton, un ton, un ton. Sur le piano roll, un ton saute une rangée et un demi-ton passe à la rangée juste au-dessus. Partez de A3, suivez le motif, et vous obtenez la, si, do, ré, mi, fa et sol (A, B, C, D, E, F, G), puis vous retombez sur A4, une octave plus haut.
Remarquez une chose pratique : la mineur n'utilise que des touches blanches. C'est pour cela que les profs l'adorent pour débuter, et c'est la tonalité de la plupart des exemples de ce cours. Remarquez aussi où tombent les deux demi-tons : entre le deuxième et le troisième degré, puis entre le cinquième et le sixième. C'est cette place précise qui donne à la gamme sa couleur.
Pourquoi elle sonne sombre
Comparez maintenant la gamme majeure et la gamme mineure construites sur la même note. Elles partagent la première, la deuxième, la quatrième et la cinquième note. Les trois autres sont un demi-ton plus bas dans la mineure : la troisième, la sixième et la septième. La plus importante des trois, de loin, c'est la troisième. C'est elle qui fait basculer l'impression de lumineux à sombre, et c'est elle que votre oreille repère en premier.
Écoutez les deux gammes, puis les deux dernières paires de notes, qui isolent la fameuse troisième note. Avec trois demi-tons au lieu de quatre au-dessus de la fondamentale, tout s'assombrit. Nous reviendrons sur cet écart quand nous parlerons des intervalles et des accords mineurs.
Le même motif sur n'importe quelle note
Le plus utile, c'est que le motif ne change jamais. Démarrez-le sur mi (E) au lieu de la (A), et vous obtenez mi mineur : mi, fa dièse, sol, la, si, do, ré (E, F♯, G, A, B, C, D). Démarrez-le sur do (C), et vous obtenez do mineur, avec trois notes bémolisées : mi bémol, la bémol et si bémol (E♭, A♭, B♭). Une tonalité mineure, c'est donc une note de départ plus ce motif, rien de plus mystérieux.
De note en note : ton, demi-ton, ton, ton, demi-ton, ton, ton.
Note caractéristique : la sixte mineure, fa (F). Un demi-ton au-dessus de la quinte, elle distingue le mineur naturel du dorien et rend sa couleur plus mélancolique.
Sur la grille, les rangées grisées sont celles de la gamme sur une octave et demie : toute note posée sur ces rangées reste dans la gamme. Le motif dessiné monte sur une octave puis redescend.
Écrire une mélodie qui tient debout
Une gamme ne suffit pas à faire une belle mélodie, mais elle vous donne un terrain sûr. Un bon réflexe pour commencer : partir de la fondamentale, se promener sur les notes voisines, et revenir se poser sur la fondamentale ou sur la troisième note à la fin de la phrase. Votre oreille entend ce retour comme une conclusion.
Voici le début d'une mélodie de huit croches en la mineur, sur une basse en la. Complétez les cinq dernières notes en n'utilisant que les rangées grisées, puis faites-la finir sur la (A) ou sur do (C). Ensuite, refaites l'exercice dans votre logiciel avec la surbrillance de gamme activée.
Dans la prochaine leçon, nous verrons comment reconnaître la note « maison » d'un morceau, et pourquoi deux tonalités peuvent partager exactement les mêmes notes.