Les patterns de batterie essentiels
Cette leçon vous donne les squelettes de batterie des grands genres : house et techno, backbeat, boom bap, trap, drum and bass, 2-step, dembow et motifs afro. Pour chacun, vous saurez où tombent le kick, la caisse claire et les hi-hats, et ce qui permet de le reconnaître en deux secondes.
Avant même la première note de basse, un auditeur reconnaît souvent un genre à sa batterie. Ce n'est pas un hasard : chaque genre s'est construit autour de quelques placements de kick, de caisse claire et de hi-hat, liés à une danse et à un tempo. Ces placements, on les appelle des patterns. Les connaître ne vous oblige pas à les recopier : c'est un point de départ, que vous déformerez ensuite à votre façon.
Tous les exemples de cette leçon sont des squelettes originaux, volontairement simples. Lisez chaque grille en comptant « un e et a », comme dans la leçon sur les mesures et les pas, et écoutez-les plusieurs fois. Les tempos indiqués sont des habitudes, pas des règles.
Le four-on-the-floor : la house et la techno
Le four-on-the-floor, « quatre au plancher », est le plus simple de tous : un kick sur chacun des quatre temps, sans exception. En house, on y ajoute en général un clap ou une caisse claire sur le deux et le quatre, et un hi-hat ouvert sur les « et », en contretemps. Le tempo tourne souvent autour de 120 à 128 BPM.
La techno part du même kick, en général un peu plus vite, souvent entre 125 et 140 BPM. Elle met moins l'accent sur le clap et davantage sur la répétition : des hi-hats qui tournent en boucle, une percussion qui tombe à des endroits inattendus, et un kick qui porte tout. Le but est moins de faire chanter que d'hypnotiser.
Le backbeat : la caisse claire sur 2 et 4
Le backbeat est la base de la pop, du rock, du R&B et d'une grande partie du hip-hop : la caisse claire frappe sur le deuxième et le quatrième temps, et le kick se place autour du un et du trois, avec quelques variations. Les hi-hats marquent souvent les croches. C'est ce rythme que votre corps reconnaît d'instinct comme « un beat ».
Le boom bap
Le boom bap est le son classique du hip-hop des années 1990 : un « boom » de kick, un « bap » de caisse claire. C'est un backbeat, avec la caisse claire sur le deux et le quatre, mais le kick y est plus syncopé, les sons sont souvent échantillonnés sur des disques, et le tout est joué avec du swing. Le tempo tourne souvent autour de 85 à 95 BPM.
Écoutez comment le deuxième kick, sur le et du deux, et le troisième, juste après le trois, poussent vers la caisse claire du quatre. Avec le swing, les doubles croches de hi-hat traînent légèrement, et c'est ce petit retard qui donne au boom bap sa démarche.
La trap en half-time
La trap se programme en général autour de 130 à 150 BPM, mais elle se ressent deux fois plus lentement, parce que la caisse claire ou le clap ne frappe qu'une fois par mesure, sur le troisième temps. C'est le half-time de la leçon sur le tempo. Le kick est souvent doublé par une 808, une basse grave et longue qui joue des notes, et les hi-hats profitent du tempo rapide pour enchaîner croches, doubles croches et rafales en triolets.
La drill part souvent de la même base half-time, autour de 140 BPM, avec des caisses claires et des kicks plus décalés et une 808 qui glisse d'une note à l'autre. Dans les deux cas, la clé est le contraste : une batterie lourde et espacée en bas, des hi-hats nerveux en haut. Pour les rafales en triolets, reprenez ce que nous avons vu dans la leçon sur les points et les triolets.
Breakbeat et drum and bass
Le mot breakbeat désigne d'abord les passages de batterie seule, les « breaks », que les DJ et les producteurs ont échantillonnés sur des disques de funk et de soul pour les faire tourner en boucle. Par extension, on appelle breakbeat tout rythme qui garde la caisse claire sur le deux et le quatre mais casse la régularité du kick, avec des frappes syncopées et des ghost notes un peu partout. C'est le cœur de la jungle et de la drum and bass, qui jouent ces rythmes très vite, souvent autour de 170 BPM.
Le squelette le plus simple de la drum and bass ne compte que deux kicks par mesure, un sur le un et un autre sur le et du trois, avec la caisse claire sur le deux et le quatre. Dans ce genre, on l'appelle souvent « two-step », à ne pas confondre avec le 2-step du UK garage que nous verrons juste après. À ce tempo, quelques ghost notes de caisse claire suffisent à faire rouler l'ensemble.
Dans beaucoup de morceaux de drum and bass, la basse et les nappes semblent suivre une pulsation deux fois plus lente que la batterie. On a ainsi, dans le même morceau, une batterie qui court vers 172 et une harmonie qui respire vers 86 : encore une fois, le jeu entre tempo affiché et tempo ressenti.
Le 2-step du UK garage
Le 2-step vient du UK garage, une musique britannique de la fin des années 1990, souvent jouée autour de 130 à 135 BPM. Son principe est d'enlever des kicks au four-on-the-floor : au lieu de quatre kicks réguliers, on n'en garde que deux par mesure, placés de façon irrégulière et pas toujours aux mêmes endroits d'une mesure à l'autre. Le clap reste sur le deux et le quatre, et les hi-hats en doubles croches sont très swingués, ce qui donne au 2-step son côté sautillant.
Le dembow du reggaeton
Le reggaeton repose sur un motif qu'on appelle le dembow, en général entre 90 et 100 BPM. Le kick frappe chaque temps, comme en house, mais la caisse claire dessine un motif très reconnaissable : sur le a du un, sur le et du deux, puis la même chose sur le a du trois et le et du quatre. Comptez les distances entre le kick du un et ces deux caisses claires : trois pas, trois pas, puis deux pas jusqu'au trois. Vous retrouvez le découpage trois, trois, deux de la leçon sur les points et les triolets, répété deux fois par mesure.
Les motifs afro
Sous le mot afro, on range aujourd'hui des musiques très différentes : l'afrobeats venu du Nigeria et du Ghana, souvent autour de 100 à 115 BPM, l'amapiano sud-africain, l'afro house. Il serait faux de les réduire à un seul pattern. Elles partagent pourtant souvent quelques traits : des percussions nombreuses qui se superposent, des motifs construits sur des groupes de trois et de deux pas, un shaker ou des hi-hats en doubles croches, et un kick qui ne frappe pas forcément tous les temps.
Dans ce motif, le rim dessine une figure inspirée de la clave, ce rythme frappé sur deux bâtons de bois venu des musiques afro-cubaines, qu'on retrouve sous une forme ou une autre dans beaucoup de musiques afro et latines. Le kick et le clap restent simples ; c'est la superposition des percussions qui crée le balancement. Pour de l'afro house, gardez plutôt un kick sur chaque temps et posez ce genre de percussions par-dessus.
Programmez-les vous-même
Le meilleur moyen de retenir ces patterns, c'est de les programmer de vos mains. La boîte à rythmes suivante propose des préréglages pour plusieurs genres. Chargez-en un, écoutez-le, puis changez une seule chose à la fois : déplacez un kick, enlevez une caisse claire, ajoutez du swing. Vous verrez très vite quels éléments font le genre, et lesquels vous pouvez modifier librement.
En house, le kick frappe chaque temps (c'est le « four-on-the-floor »), le clap marque les temps 2 et 4, et le open hat répond entre les temps : c'est ce va-et-vient qui fait rebondir le groove.
Choisissez ce qu'un clic pose : une frappe normale, un accent (plus fort), une ghost note (très douce) ou un roulement (deux frappes dans le même pas, pour les rafales de hi-hats). Un second clic sur la même case l'efface. Sur ordinateur, Maj + clic pose directement un accent et Alt + clic une ghost note. Cliquez sur le nom d'un son pour l'entendre seul.
Le swing retarde la deuxième double croche de chaque croche. À 0 %, le rythme est droit. À 55 %, elle tombe aux deux tiers de la croche, comme dans un triolet : c'est le « shuffle ». Autour de 30 %, on obtient un léger balancement, plus humain.
Une dernière remarque, pour ceux qui ont peur de copier. Un squelette comme le four-on-the-floor ou le backbeat est partagé par d'innombrables morceaux : c'est un langage commun, comme une suite de mots courants. Ce qui rend votre batterie personnelle, ce sont vos sons, vos variations, vos accents et les petits détails qui changent d'une mesure à l'autre.
Voici un kick en four-on-the-floor à 96 BPM, avec une basse en trois, trois, deux. Transformez cette mesure en dembow : ajoutez la caisse claire aux bons endroits, puis un hi-hat en croches. Avant de placer chaque caisse claire, dites le nom de sa case à voix haute.
Tous ces patterns vivent dans une mesure à quatre temps. Dans la dernière leçon de cette partie, nous sortirons de ce cadre avec les mesures impaires et les polyrythmies.