Changer de tonalité
Cette leçon vous montre comment faire monter un morceau d'un demi-ton ou d'un ton pour un dernier refrain ou un drop, comment passer d'une tonalité à une autre par un accord commun, et comment éviter les pièges, en particulier avec la 808.
Changer de tonalité en cours de morceau s'appelle moduler. C'est un moyen très efficace de relancer l'énergie sans rien ajouter : les mêmes accords, la même mélodie, mais un peu plus haut, et tout semble s'éclairer. C'est aussi une technique à manier avec soin, parce qu'elle touche toutes les parties du morceau à la fois.
Monter d'un ton pour le dernier refrain
La modulation la plus simple, et sans doute la plus utilisée en pop, consiste à reprendre le dernier refrain un ton ou un demi-ton plus haut. Écoutez cette boucle : deux mesures en do majeur, puis les deux mêmes accords en ré majeur, un ton au-dessus.
La sensation est immédiate : un coup d'énergie, comme si le morceau montait d'une marche. Cette modulation directe, sans préparation, est un peu brutale, et c'est justement ce qu'on cherche à certains moments. Elle fonctionne d'autant mieux que la section qui précède se termine sur un accord tendu, ou sur un court silence, juste avant le changement.
Pour un passage plus fluide, on peut préparer la nouvelle tonalité par sa dominante. Avant d'arriver en ré majeur, on joue A7, la dominante de ré, qui contient la sensible do dièse (C♯). L'oreille entend ce A7 comme un appel vers ré, et l'arrivée paraît naturelle.
Le même procédé fonctionne pour monter d'un demi-ton. Pour passer de do majeur à ré bémol majeur, on prépare l'arrivée par Ab7, la dominante de ré bémol, qui contient la sensible do (C). Monter d'un demi-ton est plus discret, monter d'un ton plus franc : à vous de choisir selon l'effet voulu. Écoutez les trois accords de ce passage.
Où placer une modulation de ce genre ? Le plus souvent au début d'une section, juste après une transition : un break, un build-up, une mesure de silence. Une fois la nouvelle tonalité installée, on y reste en général jusqu'à la fin du morceau, parce qu'un retour vers le bas casserait l'effet de montée. Enfin, une seule modulation par morceau suffit presque toujours : répétée trop souvent, elle perd sa force et finit par sonner comme une ficelle.
L'accord pivot, une porte entre deux tonalités
Il existe une manière plus douce de changer de tonalité : passer par un accord qui appartient aux deux. Prenons do majeur et sol majeur. Leurs gammes ne diffèrent que d'une note, fa (F) dans l'une et fa dièse (F♯) dans l'autre, et elles ont quatre accords en commun.
| Tonalité | I | ii | iii | IV | V | vi | vii° |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Do majeur | C | Dm | Em | F | G | Am | B° |
| Sol majeur | G | Am | Bm | C | D | Em | F#° |
Un accord commun aux deux tonalités peut servir de pivot : on l'entend d'abord dans l'ancienne tonalité, puis l'accord suivant révèle qu'on est passé dans la nouvelle. Dans la figure suivante, Am est le sixième accord de do majeur, mais il devient le deuxième accord de sol majeur dès que D7 arrive et nous emmène vers G.
La modulation par pivot est presque invisible : l'oreille suit le chemin sans sentir de rupture, et découvre seulement à l'arrivée qu'elle a changé de maison. C'est une très bonne méthode pour un pont ou une transition entre deux sections.
Du mineur vers son relatif majeur
La modulation la plus douce de toutes passe d'une tonalité mineure à sa relative majeure, par exemple de la mineur à do majeur. Les deux tonalités ont exactement les mêmes notes, donc rien ne change dans la gamme : seul le centre de gravité se déplace. Pour l'aider, on s'appuie sur la dominante de la nouvelle tonique, ici G7, qui pousse vers C.
Ce glissement est très courant entre un couplet et un refrain : un couplet sombre en la mineur, puis un refrain plus lumineux qui se pose sur do majeur. Comme les notes restent les mêmes, votre basse et votre mélodie n'ont rien à transposer : il suffit que les accords et la mélodie insistent sur la nouvelle tonique.
Transposer tout le reste, 808 comprise
Quand vous modulez vers une tonalité qui a d'autres notes, toutes les parties qui ont une hauteur doivent suivre : les accords, la mélodie, les arpèges, la basse, la 808, les samples de voix ou d'instruments. Seuls les sons de batterie non accordés restent en place. C'est l'oubli le plus fréquent, et il s'entend tout de suite : une 808 restée dans l'ancienne tonalité frotte contre tous les nouveaux accords.
L'atelier suivant vous permet d'entendre une transposition sans rien toucher d'autre que la tonalité.
En la mineur (Am), votre suite donne Am, F, C, G, à raison d'un accord par mesure. Cliquez un accord de votre suite pour le choisir, puis un chiffre romain pour le remplacer : les chiffres restent les mêmes dans toutes les tonalités, seuls les noms des accords changent.
Les emprunts viennent d'une autre gamme sur la même tonique : V, majeur, vient de la mineure harmonique ; sa sensible tire très fort vers la tonique.
Votre boucle de couplet est en la mineur : Am, F, C, G, avec une 808 qui joue les fondamentales A1, F1, C2 et G1. Transposez la boucle d'un ton vers le haut pour le dernier refrain. Donnez les nouveaux accords et les nouvelles notes de 808, puis faites-le dans votre logiciel.
Dans la dernière leçon de cette partie, nous ferons l'inverse : rester sur une seule note ou un seul accord, et créer la tension autrement.