Les registres et la place de chaque partie
Cette leçon vous montre où placer chaque partie de votre morceau dans la hauteur, du sub jusqu'aux aigus, pour que tout s'entende : quand doubler à l'octave, comment éviter les accords qui deviennent boueux, et comment laisser de la place à la voix ou au lead.
Vous pouvez écrire des accords justes, une basse solide, une mélodie bien construite et un arpège élégant, et obtenir pourtant une boucle confuse où rien ne ressort. Bien souvent, le coupable n'est ni le mixage ni le choix des sons, mais l'écriture : plusieurs parties jouent dans la même zone de hauteur et se masquent les unes les autres. Le remède commence dans le piano roll, avant le moindre égaliseur.
Le même accord, trois hauteurs
Écoutez l'accord de la mineur en position serrée, ses trois notes collées, joué dans trois octaves : très grave, grave, puis dans le médium.
Dans le médium, l'accord sonne net, et on distingue ses trois notes. Plus il descend, plus il devient sourd et boueux, jusqu'à ressembler à une seule masse grave. Vous avez rencontré ce phénomène dans la leçon sur la consonance et la dissonance : dans le grave, les intervalles serrés comme les tierces frottent beaucoup plus que dans l'aigu, parce que leurs fréquences sont très proches et que leurs harmoniques se gênent.
Qui joue où
Chaque partie d'un morceau a une zone de hauteur où elle se sent chez elle. Le tableau suivant donne des repères, pas des règles : un lead peut descendre, une basse peut monter. Mais si vous partez de ces zones, la plupart des conflits disparaissent avant même d'apparaître.
| Partie | Zone habituelle | Fondamentales, environ |
|---|---|---|
| Sub et 808 | E1 à E2 | 40 à 80 Hz |
| Basse | E1 à E3 | 40 à 165 Hz |
| Accords et pads | C3 à C5 | 130 à 520 Hz |
| Lead et mélodie | C4 à C6 | 260 à 1 050 Hz |
| Voix chantée | A2 à C6, selon la voix | 110 à 1 050 Hz |
| Hi-hats, cymbales, brillance | au-dessus des notes | surtout au-delà de 5 kHz |
Deux remarques sur ce tableau. D'abord, les zones se chevauchent, et c'est normal : ce qui compte, c'est qu'à un instant donné, deux parties importantes ne jouent pas les mêmes notes dans la même zone. Ensuite, chaque son possède des harmoniques bien au-dessus de sa fondamentale, et une basse saturée occupe aussi le médium. Le registre des notes ne dit donc pas tout, mais c'est le premier levier, et il ne coûte rien.
Des accords ouverts dans le grave
Revenons aux accords. Une règle pratique, connue depuis longtemps des arrangeurs : plus on descend, plus les notes doivent être écartées. Sous C3 environ, gardez de préférence la fondamentale seule, ou la fondamentale avec sa quinte ou son octave, et placez la tierce et les autres notes plus haut, dans le médium. C'est d'ailleurs la disposition naturelle des harmoniques d'un son : larges dans le grave, de plus en plus serrées vers l'aigu.
Écoutez-le : il paraît plus grand et plus large que la version serrée, et pourtant il ne contient que les trois mêmes notes, la, do et mi (A, C, E). Les écarts sont larges en bas et se resserrent vers le haut, et la tierce do (C) n'apparaît qu'à partir de C4, dans le médium.
| Note | Rôle | Intervalle | Demi-tons |
|---|---|---|---|
| la (A) | Fondamentale | point de départ | 0 |
| do (C) | Tierce | tierce mineure | 3 |
| mi (E) | Quinte | quinte juste | 7 |
| sol (G) | Septième | septième mineure | 10 |
En position fondamentale, la fondamentale est la note la plus grave : c'est la forme la plus stable de l'accord.
En faisant ces essais, vous entendrez que le même accord peut sonner lourd, clair, large ou étroit, uniquement selon la place de ses notes. Ce choix de disposition fait partie de l'écriture, au même titre que le choix des accords.
Doubler à l'octave
Pour renforcer une partie sans toucher à l'harmonie, le moyen le plus sûr est de la doubler à l'octave : on copie la même ligne douze demi-tons plus haut ou plus bas, souvent avec un autre son. Un lead doublé à l'octave supérieure gagne en brillance ; doublé à l'octave inférieure, il gagne en corps. Comme l'octave est la même note, la ligne reste parfaitement lisible.
La basse se double aussi très souvent, dans l'autre sens. Une couche grave, proche d'une sinusoïde, tient le sub, et une deuxième couche une octave plus haut, plus riche en harmoniques, porte la note dans le haut du grave pour qu'on l'entende sur tous les systèmes. Vous retrouvez l'idée de la distorsion de la 808, obtenue ici par l'écriture.
Laisser la place à la voix ou au lead
La partie principale d'un morceau, la voix ou le lead, est celle que l'auditeur suit. Elle doit disposer d'un espace dégagé, et cela se joue dans deux dimensions. D'abord dans la hauteur : si vos accords jouent dans la même octave que la mélodie, ils la masquent. Déplacez-les plus bas, d'une octave si nécessaire, ou allégez-les en retirant une note doublée.
Ensuite dans le temps : quand la voix chante, les autres parties mélodiques gagnent à se taire ou à se simplifier ; quand elle respire, elles peuvent lui répondre dans les trous. Ce jeu de questions et de réponses entre la voix et un instrument est l'une des façons les plus naturelles de remplir une boucle sans l'encombrer.
Voici une boucle mal rangée. La basse joue A2. Juste au-dessus, l'accord de la mineur est serré dans le grave, sur C3, E3 et A3, et la mélodie tourne autour de C4, tout près de lui. La figure montre l'accord et la mélodie. Réorganisez la disposition pour que chaque partie ait sa place, sans changer le nom d'aucune note. Dans votre logiciel : déplacez des pistes entières d'une octave avant de toucher aux notes une par une.
Chaque partie a maintenant sa place dans la hauteur. Il reste à les organiser dans le temps, section après section : ce sera l'objet de la dernière leçon de cette partie, consacrée à l'arrangement.