Les suites par genre
Ici, vous allez voir comment les grands genres de la musique électronique habillent leurs suites d'accords, de la house au lo-fi en passant par la trap et l'afro, avec un exemple original à écouter pour chacun.
Les suites que vous connaissez maintenant se retrouvent dans tous les styles, mais chaque genre a ses habitudes : certains accords plutôt que d'autres, une manière de les jouer, une longueur de boucle. Prenez ce qui suit comme des tendances, pas comme des règles. Dans chaque genre, des morceaux font exactement l'inverse de ce qui est décrit ici, et c'est souvent ce qui les rend intéressants. Tous les exemples de cette leçon ont été écrits pour ce cours.
House et deep house : des septièmes mineures en stabs
La house utilise souvent des accords mineurs enrichis, mineur septième ou mineur neuvième. Ces accords ont une couleur à la fois sombre et chaude, moins tendue qu'un accord mineur simple. En deep house, il est fréquent de n'en avoir que deux ou trois, qui tournent pendant de longues minutes. Écoutez cette boucle de deux mesures en la mineur, jouée au-dessus d'un kick sur chaque temps.
Les accords tombent entre les coups de kick, sur les contretemps. Ce sont des stabs : des accords très courts, frappés comme un instrument de percussion. Remarquez aussi que les deux accords gardent les notes la (A) et do (C), et que seules les deux autres descendent d'un ton, mi (E) vers ré (D) et sol (G) vers fa (F). Ce mouvement minimal donne l'impression d'une boucle qui respire sans jamais se fermer.
Techno : peu d'accords, parfois un seul
La techno se méfie souvent des suites d'accords. Beaucoup de morceaux reposent sur un seul accord, ou même sur aucun : une ligne de basse, un motif court, un son qui évolue. Quand il y a deux accords, ils sont souvent très proches. Une couleur fréquente consiste à faire alterner l'accord mineur de la tonique et l'accord majeur construit un demi-ton au-dessus, que l'on écrit ♭II. Cette alternance donne une sensation sombre et menaçante, que l'on rattache au mode phrygien.
Nous reviendrons en détail sur les boucles d'un seul accord et sur les drones dans la dernière leçon de cette partie. Retenez pour l'instant qu'en techno, la tension vient moins des accords que du rythme, du filtre et de l'évolution du son.
Trap et drill : mineur, harmonique et boucles courtes
La trap et la drill sont très majoritairement en mineur. Les boucles comptent souvent deux à quatre accords, joués par un piano, des cloches, des cordes ou un chœur, et elles se répètent sans changer pendant tout un couplet. Une signature fréquente est l'emprunt à la mineure harmonique : l'accord de dominante devient majeur, et la mélodie utilise volontiers la seconde augmentée entre le sixième et le septième degré.
Écoutez le dernier accord. Le si (B) naturel de sol majeur est la sensible de do mineur, et il sonne presque étranger après les bémols des trois premiers accords. C'est ce contraste qui donne à la boucle son côté dramatique. Entre le la bémol (A♭) du deuxième accord et ce si (B), on trouve justement la seconde augmentée de la mineure harmonique : trois demi-tons, qui sonnent comme un grand pas.
Lo-fi et R&B : septièmes, neuvièmes et ii V
Le lo-fi, le R&B et la neo-soul ont hérité du jazz leur goût pour les accords enrichis. On y trouve des septièmes et des neuvièmes presque partout, et l'enchaînement ii V I revient très souvent. Les accords changent en général lentement, un par mesure, avec un son de piano électrique ou de guitare un peu feutré.
La boucle enchaîne ii, V et I, puis ajoute vi, qui joue le rôle d'une tonique plus sombre et prépare le retour sur ii. De vi vers ii, de ii vers V, puis de V vers I, chaque fondamentale descend d'une quinte ou monte d'une quarte, si bien que la boucle semble tourner toute seule. Pour le son lo-fi complet, ajoutez du swing et décalez très légèrement les notes de chaque accord pour qu'elles ne tombent pas toutes exactement en même temps.
Pop électronique : les quatre accords, avec de la couleur
La pop électronique reste très attachée à I V vi IV et à ses rotations, que vous connaissez depuis la leçon précédente. La différence se fait souvent dans l'habillage : une neuvième ajoutée, un accord de septième majeure, un accord suspendu avant le refrain. La structure reste simple pour laisser la voix au premier plan, mais chaque accord gagne une petite touche de couleur.
Drum and bass liquide : septièmes majeures et neuvièmes
La drum and bass dite liquide, plus douce et plus mélodique que les autres branches du genre, utilise souvent des accords très riches : septièmes majeures, neuvièmes, longues nappes de pads. Le tempo est rapide, en général autour de 170 à 175 BPM, mais les accords durent souvent une ou deux mesures, si bien que l'harmonie semble lente et flottante au-dessus d'une batterie très rapide.
Écoutez comment ces quatre accords partagent presque toutes leurs notes : fa dièse, la et do dièse (F♯, A, C♯) reviennent dans les trois premiers, et si, ré et fa dièse (B, D, F♯) relient les deux derniers. D'un accord à l'autre, la couleur change, mais rien ne heurte. C'est exactement ce qu'on cherche sous une batterie aussi dense.
Afro : du majeur et des boucles
Dans l'afrobeats et les genres voisins, on entend souvent des boucles en majeur, de deux à quatre accords, qui se répètent sans se presser pendant que le rythme fait le travail. L'harmonie est généralement lumineuse et simple, parfois enrichie de septièmes. Dans l'amapiano, les accords sont souvent plus proches du jazz, avec des septièmes et des neuvièmes jouées au piano.
Cette boucle se termine sur la dominante, F, qui relance le tour suivant. Comme les accords restent simples, c'est la manière de les jouer qui compte : des accords courts et syncopés, une basse qui rebondit, des percussions qui remplissent les espaces. Voici un résumé de ces tendances, avec les exemples de la leçon.
| Genre | Accords fréquents | Boucles | Exemple de la leçon |
|---|---|---|---|
| House, deep house | m7, m9, stabs | 1 à 3 accords | Am7, Dm7 (la mineur) |
| Techno | Un accord, drones, ♭II | 1 ou 2 accords | Am, Bb (la mineur) |
| Trap, drill | Mineur, V majeur | 2 à 4 accords | Cm, Ab, Fm, G (do mineur) |
| Lo-fi, R&B | 7, 9, ii V | 4 accords lents | Gm9, C7, Fmaj7, Dm7 (fa majeur) |
| Pop électronique | I V vi IV, add9 | 4 accords | Gadd9, D, Em7, Cmaj7 (sol majeur) |
| Drum and bass liquide | maj7, 9 | 4 accords longs | Dmaj7, F#m7, Bm9, Gmaj7 (ré majeur) |
| Afro | Majeur, 7 | 2 à 4 accords | Bb, Dm7, Ebmaj7, F (si bémol majeur) |
Le meilleur moyen de sentir ces différences est de jouer la même suite avec des habits différents, puis de changer de suite en gardant le même habit.
En la mineur (Am), votre suite donne Am7, Dm7, Am7, Dm7, à raison d'un accord par mesure. Cliquez un accord de votre suite pour le choisir, puis un chiffre romain pour le remplacer : les chiffres restent les mêmes dans toutes les tonalités, seuls les noms des accords changent.
Les emprunts viennent d'une autre gamme sur la même tonique : V, majeur, vient de la mineure harmonique ; sa sensible tire très fort vers la tonique.
Prenez la suite i VI III VII en la mineur, c'est-à-dire Am, F, C, G, et habillez-la pour un morceau lo-fi : ajoutez à chaque accord sa septième, en restant dans la gamme de la mineur. Donnez le nom de chaque accord obtenu, puis écoutez la différence dans votre logiciel.
La prochaine leçon vous montre comment colorer une suite avec des accords qui n'appartiennent pas à sa tonalité.