Les mineures harmonique et mélodique
Ici, vous allez apprendre à modifier une ou deux notes de la gamme mineure pour obtenir la mineure harmonique, tendue et orientale, et la mineure mélodique, plus souple, puis à choisir l'une ou l'autre dans une mélodie.
La gamme mineure que vous connaissez, celle des touches blanches de la (A) à la (A), s'appelle plus précisément la mineure naturelle. Elle sonne sombre et douce à la fois. Mais il lui manque quelque chose que la gamme majeure possède : une note qui tire vraiment vers la maison. Dans cette leçon, nous allons la lui donner, et vous allez découvrir au passage une couleur très reconnaissable de la trap sombre et de la drill.
La note qui tire vers la maison
Rappelez-vous la fin de la gamme majeure : la septième note n'est qu'à un demi-ton sous la tonique, et elle donne envie d'y monter. Cette note s'appelle la sensible, parce qu'elle est sensible à l'attraction de la tonique. Dans la mineure naturelle, la septième note est un ton entier sous la tonique : en la mineur, c'est sol (G), deux rangées sous la (A). Écoutez la différence entre ces deux petites broderies autour de la tonique.
Avec sol (G), le retour vers la (A) est calme, presque indifférent. Avec sol dièse (G♯), la note du milieu se colle à la tonique et le retour sonne comme une vraie conclusion. Pour obtenir cet effet en mineur, les musiciens ont pris l'habitude de monter la septième note de la gamme d'un demi-ton.
La mineure harmonique
En faisant ce seul changement, on obtient la mineure harmonique. En la mineur, ses notes sont la, si, do, ré, mi, fa et sol dièse (A, B, C, D, E, F, G♯). Tout le reste de la mineure naturelle est conservé, en particulier la troisième note, do (C), qui garde la couleur sombre, et la sixième, fa (F).
Comptez maintenant les demi-tons entre fa (F) et sol dièse (G♯). Il y en a trois : fa (F) à fa dièse (F♯), fa dièse (F♯) à sol (G), puis sol (G) à sol dièse (G♯). C'est un écart d'un ton et demi, plus large que tous les autres pas de la gamme, qu'on appelle une seconde augmentée. Le motif complet devient donc : ton, demi-ton, ton, ton, demi-ton, un ton et demi, demi-ton. C'est ce grand pas qui donne à la mineure harmonique sa couleur si particulière, que beaucoup d'auditeurs décrivent comme orientale, dramatique ou inquiétante.
Écoutez une phrase construite sur cette gamme. Elle fait entendre le saut de fa (F) à sol dièse (G♯), puis elle revient vers la tonique en passant par la sensible.
Vous l'avez entendu : ce saut de trois demi-tons suffit à changer l'ambiance. Joué sur un timbre de pluck, de cloche ou de cordes pincées, avec une basse sombre en dessous, il évoque tout de suite une atmosphère de film ou une couleur orientale, même si la musique n'a rien de traditionnel.
Ce que la sensible change dans les accords
La mineure harmonique porte ce nom parce qu'elle vient des accords, de l'harmonie. En la mineur naturelle, l'accord construit sur le cinquième degré est mi mineur : mi, sol, si (E, G, B). Écoutez une boucle qui l'utilise avant de revenir sur la mineur.
Changez maintenant une seule note dans le troisième accord : sol (G) devient sol dièse (G♯). L'accord devient mi majeur, mi, sol dièse, si (E, G♯, B), et sa note du milieu est justement la sensible.
Avec mi majeur, le retour sur la mineur sonne beaucoup plus décidé, presque classique. C'est un choix de couleur : la version naturelle reste plus flottante, la version harmonique plus dramatique. Nous reviendrons sur cette force d'attraction dans la leçon sur la tension et la résolution.
La mineure mélodique, pour monter en douceur
La seconde augmentée a un revers : dans une mélodie qui monte tranquillement, ce grand saut de fa (F) à sol dièse (G♯) attire l'attention, et ce n'est pas toujours ce qu'on veut. Pour garder la sensible sans ce saut, on monte aussi la sixième note. On obtient la mineure mélodique : la, si, do, ré, mi, fa dièse et sol dièse (A, B, C, D, E, F♯, G♯).
Remarquez que seule la troisième note la distingue encore de la majeur : le début de la gamme est sombre, la fin est lumineuse. Dans la tradition classique, on ne l'utilise ainsi qu'en montant. En redescendant, on revient à la mineure naturelle, avec sol (G) et fa (F), puisque la sensible n'a plus de raison d'être quand on s'éloigne de la tonique. Écoutez cette version classique, qui monte en mélodique et redescend en naturelle.
En jazz et dans beaucoup de musiques actuelles, on garde souvent la forme mélodique dans les deux sens, comme une gamme à part entière. Les deux usages existent ; l'important est que vous entendiez ce que chaque note apporte.
Laquelle choisir dans une mélodie
En pratique, vous ne choisirez pas une seule de ces gammes pour tout un morceau. Vous partirez presque toujours de la mineure naturelle, et vous ajouterez la sensible à certains endroits : quand la mélodie revient vers la tonique, ou quand l'accord du cinquième degré est majeur. Si la mélodie passe de la sixième à la septième note, vous aurez le choix entre le saut oriental de la mineure harmonique et le chemin plus doux de la mineure mélodique.
| Gamme | Notes en la | Ce qui change | Couleur |
|---|---|---|---|
| Mineure naturelle | la si do ré mi fa sol (A, B, C, D, E, F, G) | rien | sombre, douce |
| Mineure harmonique | la si do ré mi fa sol dièse (A, B, C, D, E, F, G♯) | 7e degré monté | tendue, orientale |
| Mineure mélodique | la si do ré mi fa dièse sol dièse (A, B, C, D, E, F♯, G♯) | 6e et 7e degrés montés | sombre puis lumineuse |
Pour entendre les trois gammes l'une après l'autre sur la même tonique, et les essayer sur d'autres notes de départ, servez-vous de l'atelier suivant.
De note en note : ton, demi-ton, ton, ton, demi-ton, ton et demi, demi-ton.
Note caractéristique : la septième majeure, ou sensible, sol dièse (G♯). Elle tire vers la tonique et crée avec la sixte un saut d'un ton et demi : c'est la couleur orientale qu'on entend en drill et en trap sombre.
Sur la grille, les rangées grisées sont celles de la gamme sur une octave et demie : toute note posée sur ces rangées reste dans la gamme. Le motif dessiné monte sur une octave puis redescend.
Voici une phrase de deux mesures en ré mineur naturelle, sur une basse en ré. Modifiez une seule note pour faire entendre la sensible juste avant la note finale, puis dites quelle gamme vous obtenez.
Ces variantes ne changent qu'une ou deux notes de la mineure. La prochaine leçon va plus loin et vous présente les modes, d'autres façons de colorer une gamme en déplaçant une seule note.