Lignes de basse
Ici, vous allez apprendre à écrire une ligne de basse qui soutient vos accords et fait bouger le morceau : fondamentale, octave et quinte, notes de passage, syncope et anticipation, et la relation avec le kick.
La basse a deux métiers à la fois. Elle dit à l'oreille quel accord sonne, parce que c'est la note la plus grave qui décide de la façon dont on entend tout le reste. Et elle fait partie du rythme, presque autant que la batterie. Une bonne ligne de basse fait les deux en même temps. Nous allons partir de la ligne la plus simple possible et l'enrichir étape par étape, sur la boucle Am, F, C, G que vous connaissez maintenant.
La note qui décide de l'accord
Avant d'écrire une ligne, faites cette expérience. Gardez au piano les trois notes A3, C4 et E4, l'accord de la mineur, et changez seulement la note jouée en dessous.
Avec la (A) en dessous, vous entendez un accord de la mineur, bien stable. Avec fa (F), le même accord devient un accord de fa majeur enrichi d'une septième majeure, Fmaj7, plus doux et plus rêveur. Avec do (C), il sonne moins posé, comme un accord renversé. Les trois notes du dessus n'ont pas bougé : seule la basse a changé ce que vous entendez. C'est pour cette raison qu'une basse qui joue n'importe quelle note de la gamme peut défaire des accords pourtant bien écrits.
La fondamentale, puis l'octave et la quinte
La ligne la plus simple joue la fondamentale de chaque accord, la note qui lui donne son nom, une fois par mesure. Elle est toujours juste, et on l'entend dans beaucoup de morceaux, souvent en notes tenues sous des pads. Elle a un seul défaut : elle ne bouge presque pas.
Première façon de la faire vivre : ajouter l'octave, la même note douze demi-tons plus haut. La basse saute de A2 à A3 et revient. Comme c'est la même note, l'harmonie ne change pas, mais le mouvement crée un rebond. Deuxième façon : ajouter la quinte, la note située sept demi-tons au-dessus de la fondamentale, qui fait elle aussi partie de l'accord. C'est mi (E) pour Am, do (C) pour F, sol (G) pour C et ré (D) pour G. Écoutez la basse seule, avec ces trois notes.
Vous l'avez entendu : la ligne bouge beaucoup plus, et pourtant elle ne frotte jamais avec les accords, puisqu'elle ne joue que des notes qui en font partie. On peut aussi placer la quinte sous la fondamentale, ce qui donne un mouvement très stable, comme un balancier. Fondamentale, octave et quinte forment le squelette d'une grande partie des lignes de basse, dans presque tous les genres.
Les notes de passage pour relier les accords
Comme une mélodie, la basse peut emprunter des notes de passage pour aller d'un accord au suivant. Entre la (A) et fa (F), elle peut descendre par sol (G) ; entre do (C) et sol (G), par si (B) et la (A). Placées à la fin de la mesure, juste avant le changement, ces notes donnent l'impression que la basse marche vers l'accord suivant.
Il existe une version plus piquante : la note d'approche chromatique, qui arrive sur la fondamentale suivante depuis le demi-ton juste au-dessous ou juste au-dessus. Par exemple, un sol dièse (G♯) juste avant le la (A) qui relance la boucle. Cette note sort de la gamme, mais elle est si courte et si vite résolue que l'oreille l'entend comme un élan plutôt que comme une erreur. Utilisez-la avec modération, sur une croche ou une double croche.
Écoutez surtout les fins de mesure : la basse annonce chaque fois l'accord qui arrive. On dit d'une telle basse qu'elle « marche », un principe qui vient du jazz et qu'on retrouve, sous des formes plus discrètes, dans le funk, la house ou le R&B.
Syncope et anticipation
Jusqu'ici, la basse frappe surtout sur les temps. Décalez maintenant certaines notes sur les contretemps, ou tenez une note par-dessus un temps fort : vous obtenez une basse syncopée, qui donne aussitôt plus de groove. Vous avez découvert la syncope dans la partie sur le rythme ; appliquée à la basse, elle fait souvent la différence entre une boucle raide et une boucle qui danse.
Un cas particulier mérite son propre nom : l'anticipation. La basse joue la fondamentale de l'accord suivant un peu avant le changement, une croche ou une double croche avant la barre de mesure, et la tient par-dessus. L'accord arrive donc d'abord par en bas. Ce petit décalage, typique de beaucoup de musiques latines et fréquent aussi en pop et en house, donne une impression d'élan vers l'avant.
Regardez la grille : peu de notes commencent pile sur un temps, et le F2 démarre avant la barre de mesure. Pour que l'anticipation fonctionne, la note anticipée doit être tenue par-dessus le changement ou suivie d'un silence. Si vous la relancez sur le premier temps, l'effet disparaît en grande partie. Le dernier A2, lui, annonce le retour de la boucle sur Am ; comme la boucle le rejoue sur le premier temps, ce n'est pas une vraie anticipation.
La basse et le kick : s'aligner ou s'éviter
La basse partage le registre grave avec le kick. Les deux occupent souvent les mêmes fréquences, et leur relation rythmique compte énormément. Il existe deux grandes stratégies, et beaucoup de morceaux combinent les deux.
La première consiste à aligner la basse sur le kick : chaque fois que le kick frappe, la basse joue aussi. L'impact est massif, et c'est souvent le cas en trap, où la 808 suit en grande partie le rythme du kick. La seconde consiste à faire jouer la basse entre les kicks. En house et en techno, une basse placée sur les contretemps, entre deux kicks du four-on-the-floor, est un classique : le kick prend les temps, la basse prend les trous, et chacun garde sa place.
Écoutez comme les deux s'emboîtent : le kick et la basse ne se marchent jamais dessus. Quand vous les alignez au contraire, vérifiez qu'ils ne se battent pas pour les mêmes fréquences ; la prochaine leçon vous montrera comment accorder le kick avec la 808. Beaucoup de producteurs ajoutent aussi une compression déclenchée par le kick, le sidechain, qui baisse la basse un court instant à chaque frappe. C'est un outil de mixage, mais il prolonge exactement cette idée de partage.
Sur la suite Am, F, C, G, une mesure par accord, écrivez une ligne de basse qui joue la fondamentale sur le premier temps de chaque mesure, utilise au moins une fois l'octave et une fois la quinte, et relie la troisième mesure à la quatrième par des notes de passage. Dans votre logiciel : commencez par les quatre fondamentales, puis ajoutez les autres notes une par une, en écoutant à chaque fois.
Dans la prochaine leçon, nous restons dans le grave avec une basse un peu particulière, la 808, qui pose ses propres questions d'accordage.