Motifs, répétition et variation
Vous allez découvrir comment une idée de quelques notes devient une mélodie qu'on retient : la répéter, la varier au bon endroit, la faire dialoguer avec elle-même, et la ranger dans une phrase de quatre mesures.
Pensez aux mélodies qui vous restent dans la tête après une soirée ou un trajet en voiture. Elles ont rarement beaucoup de notes différentes. En revanche, presque toutes répètent une petite idée, encore et encore, avec juste assez de changement pour qu'on ne s'en lasse pas. C'est ce mécanisme que nous allons démonter ici, parce qu'il s'apprend et qu'il fonctionne dans tous les genres.
Une idée qui se promène, une idée qui revient
Commençons par comparer deux mélodies de deux mesures sur la même boucle, Am puis F. La première ne répète rien : chaque groupe de notes est nouveau. Elle reste pourtant dans la gamme et place des notes de l'accord sur les temps forts, comme nous l'avons appris dans la leçon précédente. Écoutez-la.
Écoutez maintenant la deuxième. Elle n'utilise qu'une toute petite idée de trois notes, qu'elle répète et qu'elle modifie à peine.
La deuxième version contient moins d'idées, et c'est justement pour cela qu'on la retient. Au bout de deux écoutes, vous pourriez la chanter ; la première, probablement pas. Une mélodie que l'oreille parvient à anticiper un peu lui fait plaisir, parce qu'elle a l'impression de la comprendre.
Le motif, une cellule courte
Un motif est une petite idée musicale, souvent de deux à six notes, qu'on reconnaît quand elle revient. Il a deux ingrédients : un rythme et un contour. Le rythme est d'ailleurs le plus solide des deux. Si vous gardez le rythme d'un motif et changez toutes ses notes, on le reconnaît encore ; si vous gardez les notes et bousculez le rythme, beaucoup moins.
Pour trouver un motif, inutile de chercher une mélodie entière. Fredonnez trois ou quatre notes sur votre boucle, tapez un rythme sur la table, ou partez des notes de l'accord dans un ordre qui vous plaît. Un bon motif est court et simple. Tout le travail intéressant vient ensuite, quand on le fait vivre.
Répéter, puis varier
La répétition installe le motif, la variation l'empêche de lasser. Entre les deux, il y a un équilibre que vous réglez à l'oreille, mais quelques procédés reviennent sans cesse, dans tous les styles.
- Varier le rythme. On garde les notes et on change leur placement ou leur durée : le motif peut commencer un contretemps plus tard, ou allonger sa dernière note.
- Changer une note. On garde le rythme et presque toutes les notes, et on en modifie une, souvent pour l'adapter au nouvel accord.
- Changer la fin. Le début du motif reste identique, et seule sa conclusion change de direction ou de note d'arrivée.
- Déplacer le motif. On rejoue le même dessin en partant d'une autre note de la gamme, plus haut ou plus bas. Cette répétition décalée s'appelle une marche.
Écoutez ces procédés appliqués à un seul motif, sur la boucle Am, F, C, G. Le motif de départ descend : trois notes rapides, puis une note longue.
La ligne garde son identité d'un bout à l'autre, alors qu'aucune mesure n'est tout à fait la même. Votre oreille suit le rythme, qui ne bouge pas, et accepte d'autant mieux les changements de notes. Sur F, le premier mi (E) devient fa (F) pour tomber sur une note de l'accord. Sur C, tout le dessin monte : c'est une marche. Sur G, le début est encore décalé, mais la fin remonte au lieu de descendre, ce qui laisse la phrase ouverte avant le retour de la boucle.
Question et réponse
Un autre procédé très ancien consiste à faire dialoguer deux phrases. La première pose une question : elle se termine sur une note qui laisse en suspens, souvent le deuxième ou le cinquième degré de la gamme. La deuxième répond : elle commence comme la première, puis elle conclut, en général sur la tonique. On parle de phrases en question et réponse, ou d'antécédent et de conséquent dans les traités.
La question donne envie d'entendre la suite, la réponse apporte le repos. Le couple fonctionne parce que les deux phrases se ressemblent : la réponse est une variation de la question, avec une autre fin. Vous retrouvez donc ici, à plus grande échelle, le procédé qui consiste à changer la fin d'un motif.
Deux mesures, plus deux mesures
Ce découpage donne une méthode pratique, bien adaptée à la musique électronique, où presque tout se compte par quatre et par huit mesures. Écrivez d'abord une idée de deux mesures. Faites-la suivre de deux mesures qui lui répondent : la même idée avec une autre fin, ou une idée qui contraste. Vous obtenez une phrase de quatre mesures, la longueur d'une boucle d'accords classique.
Pour aller jusqu'à huit mesures, appliquez le même principe un étage au-dessus. Voici deux plans très répandus.
| Plan | Mesures 1 et 2 | Mesures 3 et 4 | Mesures 5 et 6 | Mesures 7 et 8 |
|---|---|---|---|---|
| Deux phrases | Idée | Réponse | Idée | Réponse avec une autre fin |
| Idée développée | Idée | Idée répétée ou déplacée | Développement | Conclusion |
Dans le premier plan, la phrase de quatre mesures revient, et sa deuxième fin conclut plus nettement que la première. Dans le second, l'idée est entendue deux fois, puis on la fait évoluer avant de conclure. Dans les deux cas, l'auditeur entend d'abord quelque chose de familier, puis quelque chose de neuf au bon moment.
Le hook, l'idée qu'on retient
Dans un morceau, le motif le plus fort devient souvent le hook, « le crochet » en anglais : la petite phrase qui accroche l'oreille et revient au moment clé, dans le refrain ou dans le drop. Un hook n'a rien de magique. C'est un motif court, avec un rythme reconnaissable, répété assez pour s'installer et varié assez pour ne pas lasser. Il peut être chanté, joué par un lead, ou tenir dans un sample de voix découpé.
Trois questions vous aident à juger si vous tenez un hook. Pouvez-vous le chanter après deux écoutes ? Tient-il en deux mesures ou moins ? Son rythme se reconnaît-il quand vous le tapez sur une table, sans les notes ? Si vous répondez oui aux trois, vous avez une idée qui mérite d'être mise en avant dans l'arrangement.
Voici un motif d'une mesure sur Am : do (C) en noire, mi (E) et ré (D) en croches, puis do (C) en blanche. Écrivez trois variations, une par mesure, toujours sur Am : une variation de rythme, une variation d'une seule note, et une variation de la fin qui conclut sur la (A). Dans votre logiciel : dupliquez le motif trois fois, puis modifiez chaque copie, une seule chose à la fois.
Jusqu'ici, nous sommes restés en haut, dans la mélodie. La prochaine leçon descend tout en bas, vers les lignes de basse.