La gamme majeure
Cette leçon vous montre comment se construit la gamme majeure, la plus lumineuse des gammes, et comment la retrouver sur n'importe quelle note du piano roll sans rien apprendre par cœur.
Nous entrons dans la partie du cours consacrée aux gammes et aux tonalités. C'est ici que les douze rangées du piano roll, que vous connaissez maintenant, commencent à former des familles. La première famille que nous allons étudier est la gamme majeure. Ce n'est pas forcément celle que vous utiliserez le plus en trap ou en techno, mais c'est la référence : toutes les autres gammes de cette partie se décrivent par rapport à elle.
Une mélodie sur les touches blanches
Avant de donner le moindre nom, écoutez. La figure suivante contient une petite mélodie de deux mesures, au-dessus d'une basse qui tient la note C3. Toutes les notes de la mélodie sont prises sur les touches blanches, et la dernière est C4.
Vous l'avez entendu : rien ne frotte, la mélodie sonne claire, presque comme une comptine, et la dernière note donne l'impression qu'on est bien arrivé. Cette clarté, c'est la couleur de la gamme majeure. On la décrit souvent comme lumineuse, joyeuse ou sereine. Ces mots sont imprécis, mais votre oreille sait déjà de quoi il s'agit.
Sept notes et un motif de distances
Jouez maintenant les touches blanches dans l'ordre, de C4 à C5. Vous obtenez la gamme de do majeur : do, ré, mi, fa, sol, la, si (C, D, E, F, G, A, B), puis de nouveau do (C), une octave plus haut. Ce sont sept notes différentes ; la huitième n'est que la répétition de la première.
Ce qui compte n'est pas la liste des notes, mais les distances entre elles. Comptez les rangées sur la grille. De do (C) à ré (D), vous sautez une rangée, celle de do dièse (C♯) : c'est un ton. De ré (D) à mi (E), encore un ton. Mais de mi (E) à fa (F), il n'y a pas de touche noire entre les deux : c'est un demi-ton. Si vous continuez jusqu'au bout, vous obtenez le motif complet de la gamme majeure : ton, ton, demi-ton, ton, ton, ton, demi-ton.
| De | À | Distance | Demi-tons |
|---|---|---|---|
| do (C) | ré (D) | ton | 2 |
| ré (D) | mi (E) | ton | 2 |
| mi (E) | fa (F) | demi-ton | 1 |
| fa (F) | sol (G) | ton | 2 |
| sol (G) | la (A) | ton | 2 |
| la (A) | si (B) | ton | 2 |
| si (B) | do (C) | demi-ton | 1 |
Faites l'addition : deux, plus deux, plus un, plus deux, plus deux, plus deux, plus un, cela fait douze demi-tons, exactement une octave. Le motif fait donc le tour complet des douze rangées en n'en gardant que sept. Les deux demi-tons tombent toujours au même endroit : entre la troisième et la quatrième note, puis entre la septième et la huitième.
Numéroter les degrés
Chaque note de la gamme porte un numéro, qu'on appelle son degré. En do majeur, do (C) est le premier degré, ré (D) le deuxième, mi (E) le troisième, et ainsi de suite jusqu'à si (B), le septième. Ces numéros sont plus utiles que les noms de notes, parce qu'ils ne dépendent pas de la note de départ : le troisième degré d'une gamme majeure est toujours à quatre demi-tons du premier, quelle que soit la note sur laquelle vous commencez.
Vous croiserez ces numéros partout dans la suite du cours. Quand on dira qu'une mélodie se pose sur le cinquième degré, ou qu'un accord est construit sur le quatrième, vous saurez qu'on parle d'une place dans la gamme, pas d'une note précise. Le premier degré a même un nom à lui, la tonique ; nous verrons dans la leçon sur la tonalité pourquoi il joue le rôle de la maison.
Le même motif sur une autre note
Voici maintenant le point qui vous rendra autonome. Que se passe-t-il si vous jouez les touches blanches en partant de G3 au lieu de C4 ? Écoutez la première version ci-dessous, puis la seconde, où une seule note a changé.
Dans la première version, l'avant-dernière note, fa (F), ne tire pas vers sol (G) : la gamme arrive sans élan. C'est que le motif a changé. De mi (E) à fa (F), il y a un demi-ton, puis de fa (F) à sol (G) un ton, alors que la gamme majeure demande l'inverse à cet endroit : un ton, puis un demi-ton pour finir. Pour respecter le motif, il faut monter fa (F) d'une rangée et jouer fa dièse (F♯). Vous obtenez sol majeur : sol, la, si, do, ré, mi et fa dièse (G, A, B, C, D, E, F♯).
La première version n'était pas fausse pour autant : c'est une autre couleur, que nous retrouverons dans la leçon sur les modes. Mais ce n'est plus une gamme majeure. La méthode pour en construire une est toujours la même. Posez le doigt sur la note de départ, puis avancez sur la grille en suivant le motif : deux rangées, deux rangées, une rangée, puis deux, deux, deux et une. Vous n'avez rien à apprendre par cœur, vous comptez. Le tableau suivant donne le résultat pour quelques tonalités courantes.
| Gamme | Notes | Altérations |
|---|---|---|
| do majeur | do ré mi fa sol la si (C, D, E, F, G, A, B) | aucune |
| sol majeur | sol la si do ré mi fa dièse (G, A, B, C, D, E, F♯) | 1 dièse |
| ré majeur | ré mi fa dièse sol la si do dièse (D, E, F♯, G, A, B, C♯) | 2 dièses |
| fa majeur | fa sol la si bémol do ré mi (F, G, A, B♭, C, D, E) | 1 bémol |
| si bémol majeur | si bémol do ré mi bémol fa sol la (B♭, C, D, E♭, F, G, A) | 2 bémols |
| mi bémol majeur | mi bémol fa sol la bémol si bémol do ré (E♭, F, G, A♭, B♭, C, D) | 3 bémols |
Remarquez que chaque gamme utilise les sept lettres, une seule fois chacune. C'est pour cela qu'on écrit si bémol (B♭) et non la dièse (A♯) en fa majeur : la gamme a déjà un la (A), il lui faut un si (B). Votre piano roll, lui, affiche souvent un seul nom par rangée. Ne vous inquiétez pas si les noms ne correspondent pas tout à fait : la rangée est la même, seul son nom change selon la gamme.
De note en note : ton, ton, demi-ton, ton, ton, ton, demi-ton.
Note caractéristique : la tierce majeure, mi (E). Elle se trouve à quatre demi-tons de la tonique et donne au majeur sa couleur lumineuse et stable.
Sur la grille, les rangées grisées sont celles de la gamme sur une octave et demie : toute note posée sur ces rangées reste dans la gamme. Le motif dessiné monte sur une octave puis redescend.
D'où vient sa lumière
Pourquoi cette gamme sonne-t-elle si claire ? En grande partie à cause de son troisième degré. Il se trouve à quatre demi-tons de la première note, un écart large et ouvert. Le septième degré joue aussi un rôle : il n'est qu'à un demi-ton sous la note d'arrivée, et il donne envie d'y monter. Écoutez d'abord la première et la troisième note ensemble, puis deux fins de gamme, l'une avec si (B), l'autre avec si bémol (B♭).
La paire de notes sonne stable et brillante. Dans les deux fins, la version avec si (B) semble aspirée vers do (C), alors que la version avec si bémol (B♭) arrive plus mollement. Retenez surtout le troisième degré : c'est lui qui changera en premier dans la leçon suivante, et c'est lui qui fera basculer la couleur.
Votre première gamme construite à la main
Construisez la gamme de ré majeur sur la grille, de D4 à D5, en suivant le motif ton, ton, demi-ton, ton, ton, ton, demi-ton. Combien de touches noires utilise-t-elle, et lesquelles ? Dans votre logiciel, vérifiez ensuite votre réponse en réglant la surbrillance de gamme sur ré majeur.
Gardez cette gamme en tête comme point de repère : dans la prochaine leçon, nous allons abaisser trois de ses notes pour obtenir la gamme mineure, sa sœur sombre.